LA TYRANNIE DU BONHEUR

Publié le par Michel Boissard

                                                             

 

Prix de la Biographie 2009, décerné à l’occasion du récent salon de Nîmes,  Jean Delumeau nous procure un surprenant portrait du moine  Tommaso Campanella (1568-1639),  mais aussi  un décapant essai  sur ce que l’humaniste protestant Théodore de Bèze nomme le droit sacré à l’insoumission. L’historien de La Peur en Occident (XIVe-XVIIIe siècles décrit, d’abord, la vie romanesque du fils d’un cordonnier analphabète de Calabre, entré adolescent chez les Dominicains,   religieux en rupture de ban entre Naples,  Padoue et  Rome, inculpé de complot,  longuement torturé par l’Inquisition,  échappant à l’échafaud par la folie simulée, prisonnier vingt-cinq ans durant, nommé théologien par le Pape, s’exilant en France devant de nouveaux périls…Un caractère historique indomptable qui laisse une œuvre philosophique et scientifique notable. Soutien de Galilée et métaphysicien, auteur surtout d’un classique de la littérature utopique La Cité du Soleil  (1602 ; réédition Mille et une nuits, 2000). Campanella – pseudonyme de Giovan Domenico Martello – petite clochette pour éveiller le monde ! -  se projette dans un monde qui n’existe pas (u-topos, nulle part) et dans un univers idéal (eu-topos, le lieu du bonheur).  Face à la dureté de la société de son temps,  la  colonie imaginaire des Solariens annonce une ère de liberté et d’égalité  totales. Mais comme influencée par la « rationalité morbide » de l’Inquisition (Raoul Vaneigem), en inversant seulement la perspective sociale,   la Cité du Soleil institue une… tyrannie du bonheur. Vous avez dit totalitarisme ?

 

                                                                                                                                              Michel Boissard

Le Mystère Campanella, J. Delumeau, Fayard, 2008, 28 euros   

Publié dans articles La Gazette

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