AVEZ-VOUS LU PIERRE BOST ?

Publié le par Michel Boissard

 

Connaissez-vous Pierre Bost ? Les amateurs de la « qualité française » au cinéma se souviennent, sans doute, d’une collection de scénarios qu’il signe entre 1939 et 1976 - avec son complice Jean Aurenche (le tandem Aurechébost) - adaptés des œuvres de Colette, Radiguet, Marcel Aymé, Simenon, Gide, Stendhal ou Feydeau, etc. Il naît à Lasalle,  la première année du siècle dernier, au sein d’une fratrie cévenole et huguenote de dix enfants. Elève du philosophe Alain au Lycée Henri IV, à Paris, il fait sien l’aphorisme de l’auteur de « Les Idées et les Âges » : « Penser n’est pas croire ». Et revendique l’influence de Proust « pour tout ce qui touche à l’essentiel du roman : la peinture des mœurs ». Sous la plume corrosive de Sartre, il est l’exemple-type de la « littérature radicale socialiste » de l’entre-deux guerres mondiales. On  jugera de ce jugement idéologique à (re) lire « Porte-Malheur » (1932),  réédité par « Le Dilettante ». C’est l’histoire de Dupré, un garagiste parisien de l’avenue de Clichy, solitaire et dur à la tâche,  qui  se fait estourbir d’un coup de cric par son employé  Levioux,  lui-même manipulé par Lucie, une garce surnommée  Porte-Malheur en raison de son air triste et de son endémique maladresse… Seulement blessé, généreux de caractère, il pardonne… Ni l’un ni l’autre n’en profiteront !  La juste peinture d’un milieu urbain populaire, une grande rigueur d’écriture,  des phrases courtes et sèches, pas une once de gras pour un récit de moraliste  « qui place la connaissance de l’homme en absolu au dessus des problèmes historiques » (François Ouellet, préfacier). Voici donc un superbe roman noir,  écrit par un protestant ascète et sévère, démiurge d’un nouveau climat littéraire : « Il ne s’agit pas de refuser aux sentiments naïfs et violents le droit ni le moyen de s’exprimer ; il faut au contraire leur apprendre la manière qui leur permette de se montrer dans leur vérité. »

                                                                                                                                                  Michel Boissard

Porte-Malheur, P. Bost, Le Dilettante, 2009, 17 euros

 

 

Publié dans articles La Gazette

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