REFUGES DE L’ECRITURE

Publié le par Michel Boissard

                                                     

 

Jérôme Garcin est comme le démon biblique Asmodée qui soulevait le toit des maisons pour découvrir l’intimité de leurs habitants. Il aime rencontrer les écrivains dans leur milieu de vie. C’est pourquoi son bel essai doit être pris, dirait Georges Duhamel, dans un sens amphibologique. L’écriture révèle le for intérieur de la conscience. Qui, pour s’exprimer, appelle un lieu privilégié. Dans les deux cas, elle est  un refuge. Celui de Joë Bousquet,  le survivant de la Grande Guerre, cloîtré dans sa chambre d’infirme à Carcassonne,  évoqué par Germaine Mühletaler qui fut, sous le nom inoublié de « Poisson d’or », le grand amour épistolaire du poète. Ou bien Malagar, « ressuscité » par la Région Aquitaine,  que hante l’ombre de François Mauriac, dont le dernier fils, Jean, vient retrouver ici l’inspiration de  « la fournaise du Mystère Frontenac » et les silhouettes familières de Gide et d’André Maurois… Et là où on ne l’attendait pas,  le nouveau - et solaire - Prix Nobel français, J.M.G Le Clézio, niçois de naissance : la lande bretonne surplombée de « nuages qui vont aussi vite que les mouettes et les fous de Bassan » dans « un ciel breton (qui est) le plus beau des voyages ». En passant par Le Cailar,  havre camarguais d’un Prix Médicis et d’un Prix Goncourt, l’ « aristo picaro » Pierre Combescot,  capable de réciter par cœur les mémoires de Saint-Simon, «  de réécrire Parsifal en langue verte », et qui possède un chat se prénommant François-Joseph et un chien, Istanbul. Sans oublier, du côté de la gare de l’Est,  le Paris du marseillais Régis Jauffret, qui  n’aime pas sa ville natale, ne « s’intéresse guère à ses contemporains,  leur préfère la compagnie de Zola, Freud, Kafka, Proust, Philip Roth », et  dans « Fragments de la vie des gens » dresse « un portrait féroce, absurde et hilarant du couple et de la famille ». Ni celui de François Nourissier qui fut « Maître de Maison » (1968)  à Arpaillargues,  avant que ce que la vie lui refuse désormais « la santé, la famille, l’amour, la liberté, le bonheur, l’espérance » la littérature ne les lui offre jusqu’au bout.

 

                                                                                                                                            Michel Boissard

Les livres ont un visage, J. Garcin, Mercure de France, 2008, 17 euros

Publié dans articles La Gazette

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