CLAUDE MANCERON, ROMANCIER DE L’HISTOIRE

Publié le par Michel Boissard

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Claude Manceron (1923-1999) est un amoureux de Michelet. Il s’est donc fait romancier de l’histoire. En 1968, résidant à Saint-Privat, petite commune du lodévois,  cet autodidacte,  déjà auteur d’un roman sur les Cent Jours, décide de  s’attaquer au massif de la Révolution française. A en croire la classification d’ Emmanuel Le Roy Ladurie, Manceron,  historien sans titre ni diplômes, au lieu d’être renard ou papillon, lesquels sont ondoyants et divers,  adopte la posture du chien truffier passionné par son fruit d’or…  Et en cinq volumes des « Hommes de la liberté » (1972-1987), les forces lui manqueront pour aller au-delà, il décortique les quinze années qui précèdent 1789. « Les Vingt ans du roi », premier volet de cette saga, couvre une période ouverte par les démêlés de Beaumarchais avec le Parlement de Paris (1774),  close avec la mort de Jean-Jacques Rousseau (1778)… Ces deux phares des Lumières entourent de leur halo des hommes et des femmes  qui « vont marcher les uns vers les autres sans le savoir ». Puis, pour la plupart, « la Révolution une fois déclenchée, se rencontreront, s’aimeront, s’uniront, s’affronteront, se déchireront, s’entre-tueront,  acteurs d’une chanson de geste » dont la mémoire est constitutive de notre identité culturelle, sociale et humaine. Ces personnages ont des noms entrés dans notre légendaire individuel avec Lavisse. Voici La Fayette qui se marie. La Dauphine Marie-Antoinette qui séduit le suédois Fersen.  Marat qui publie « Les chaînes de l’esclavage ». Mirabeau faisant connaissance avec la prison du Château d’If.  Danton et Talleyrand assistant au sacre de Louis XVI.  Glück en quête de son Eurydice. Turgot fourbissant un arsenal de réformes nécessaires mais tardives. Et encore Diderot et Voltaire : le premier écrivant son « Paradoxe du comédien », le second au zénith de sa gloire… La psychologie mêlée aux faits. L’anecdote tressée avec l’évènement. Où la « petite histoire » devient  « résurrection intégrale du passé » (Michelet).

 

                                                                                                                                               Michel Boissard

 

Les Hommes de la liberté – Les Vingt ans du roi (1774-1778), C .  2009, 26 euros

 

Publié dans articles La Gazette

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