ROMANCIER POPULISTE OU ECRIVAIN PROLETARIEN ?

Publié le par Michel Boissard

                                                              

                              

 

Repassons-nous mentalement le film de Marcel Carné « Hôtel du Nord » (1938). A Paris, sur la passerelle qui enjambe le canal Saint-Martin, le souteneur M. Edmond (Louis Jouvet) enguirlande sa « protégée » Madame Raymonde (Arletty). A l’un, se sentant menacé, qui voudrait changer de domicile  et donc « d’atmosphère »,   l’autre, un peu bécasse, riposte, gouailleuse : « Atmosphère ! Atmosphère ! Est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? »  Il a suffi d’une réplique pour pérenniser le livre éponyme d’Eugène Dabit (1898-1936) qui reçoit le Prix du roman populiste en 1931… L’auteur, fils d’un cocher-livreur, le certificat d’études acquis, devient apprenti-serrurier, laveur-balayeur de wagons, portier d’ascenseur, et devance l’appel en 1916 du côté du Chemin des Dames…Cette expérience humaine et sociale lui sert pour l’écriture de « Petit Louis » (1930). Le roman d’apprentissage dont il porte le manuscrit à l’écrivain qu’il admire le plus : André Gide. De cette rencontre,   Eugène Dabit a fait une nouvelle « L’aventure de Pierre Sermondade », que réédite l’éditeur bordelais Finitude. Heureuse publication qui permet de découvrir la genèse d’un talent.  Quelques pages au style classique – Dabit a lu Balzac, Flaubert Maupassant et Zola.  Le personnage principal - en proie à l’angoisse existentielle - finement dessiné.  Pierre Sermondade est le frère de Folantin (A vau-l’eau,  J.K Huysmans) et de Salavin (Confession de minuit, G. Duhamel). Un décor romanesque où les petites gens respirent une authentique humanité. Réconciliant le témoignage populiste du récit et la condition prolétarienne  du créateur. En un mot, de Gide lui-même, avec lequel Dabit fait en 1936 le voyage d’URSS au cours duquel il meurt prématurément,  « le son d’une voix sincère ».

                                                                                                                                            Michel Boissard

L’aventure de Pierre Sermondade, E. Dabit, Finitude, 2009, 12 euros

 

 

Publié dans articles La Gazette

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