JEAN DUTOURD, LECTEUR EMERITE

Publié le par Michel Boissard

                                                       JEAN DUTOURD, LECTEUR EMERITE

 

« Une journée sans lecture me paraît aussi redoutable que la traversée du désert sans points d’eau pour le bédouin. » note Jean Dutourd (1920) au seuil de ce passionnant recueil de chroniques littéraires. En 574 pages et quelque 240 auteurs choisis, le romancier  - réactionnaire du genre ronchon - de « Au bon beurre » (1952) démontre qu’il demeure un lecteur émérite. Aborde-t-il l’œuvre écrite du peintre Jean Hugo, l’arrière petit-fils de Victor, qui jeta l’ancre au Mas de Fourques, prés de Lunel, qu’il sait croquer l’essentiel de ses « Mémoires » : « …la peinture un peu triste de sa vie mondaine, riche et fanée comme un mobilier Art déco. » Salue-t-il avec René Nelli « Les écrivains anticonformistes du Moyen Âge occitan », que c’est pour rappeler que « les troubadours ont formé une école de poésie incomparable par son renom et son raffinement ». Exhume-t-il des profondeurs « Sapho », le sulfureux roman du nîmois Alphonse Daudet, qu’il décerne à ce dernier le titre de « maître du roman français alliant l’humour au pathétique ». Il sait aussi dire que le jeune martégal Charles Maurras fut un pertinent reporter aux Jeux Olympiques d’Athènes en 1896 avant que de sombrer dans l’allégeance au Pétain de 1940 ! Et, à la suite de Lamartine,  tresser des couronnes laurées au Mistral de « Mireille »  - « L’Homère de la langue d’oc »… Il nous fait ressouvenir (ou découvrir) que la poétesse Catherine Pozzi, le grand amour de Valéry, qui la baptisait Karin - la grâce, en grec ancien -   avait, ainsi qu’en témoigne son « Journal »,  « une âme exigeante et violente ». Il incite à (re) lire, de Roger Vailland, le subtil « Eloge du cardinal de Bernis », un prince de la politique au temps des Lumières, qui repose pour l’éternité en la cathédrale de Nîmes… Mais aussi ce Bagnolais de Rivarol qui ressemble  si  fort au  Don Giovanni de Mozart !

 

                                                                                                                                                Michel Boissard

La chose écrite, chroniques littéraires,

J. Dutourd, Flammarion, 2009, 25 euros

 

Publié dans articles La Gazette

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