LES MOBILISATEURS DE CONSCIENCE

Publié le par Michel Boissard

                                                 

 

Jean Lacouture rappelle l’origine paradoxale du journalisme français.  Son père fondateur,  Théophraste Renaudot, né protestant, dort de son dernier sommeil en l’Eglise de Saint-Germain-l’Auxerrois, dont les cloches sonnèrent, le 25 août 1572, le signal  de la Saint-Barthélémy des huguenots ! Rigueur intellectuelle et mémoire de la force du fanatisme, le créateur de « La Gazette » - petite pie bavarde en italien – naviguera sa vie durant  halé par ces deux principes si difficilement conciliables, la vérité et la liberté. En quatorze portraits cursifs qui sont autant de médaillons ciselés -  précisément de Renaudot à Jean Daniel – le grand professionnel Lacouture,  dont la carrière commence par l’Egypte de Nasser et l’Indochine d’Ho-Chi-Minh pour se prolonger en  de séduisantes biographies de De Gaulle, Malraux ou Mauriac, montre que le journalisme c’est à la fois « considérer, refléter, magnifier, dénoncer ou ridiculiser – dans un délai très bref – la société où l’on vit ». Nul étonnement après cela que Rivarol, ce fils d’un immigré italien,  auteur du « Discours sur l’universalité de la langue française », natif de Bagnols-sur-Céze, en soit l’une des figures tutélaires. Non seulement  en raison de « la grâce impondérable d’un style scintillant ». Mais encore parce que le rédacteur des « Actes des Apôtres », brûlot contre-révolutionnaire entre 1789 et 1792,  traduit l’un des courants permanents du journalisme français d’opinion, le fixisme ou « l’art prodigieux d’immobiliser le temps par les mots ». En vis-à-vis contradictoire, voici le nîmois Bernard –Lazare,  « le précurseur », le premier qui se leva pour défendre en Dreyfus la victime de l’intolérance raciste devenue raison d’Etat.  Poète symboliste et critique littéraire estimé par Blum, il  se veut un « journaliste libre », c’est-à-dire un « franc-tireur », aimé de Péguy.  Témoin  de la presse devenue puissance d’opinion  avec ces mobilisateurs de conscience qui se nomment Jaurès, Clémenceau ou Zola !

 

                                                                                                                                               Michel Boissard

 

Les Impatients de l’Histoire, Grands journalistes français, J. Lacouture, Grasset , 2009,  19,50 euros

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