LES ANNEES NÎMOISES DE GHISLAIN DE DIESBACH

Publié le par Michel Boissard

                                  

 

« Le souvenir d’une certaine image n’est que le regret d’un certain instant. » Rarement phrase de Proust s’est mieux appliquée à une œuvre littéraire qu’à l’autobiographie de Ghislain de Diesbach (1931). Suisse du canton de Berne, de lignée aristocratique et militaire, de famille mi-catholique au pays de la Réforme, le biographe de Chateaubriand, Proust et la Comtesse de Ségur compose une chanson de piété juvénile dont la prenante mélodie  s’attarde dans la mémoire du lecteur. Vers sa dix-huitième année, le natif du Havre que  nous avons suivi en ses pérégrinations enfantines au cœur des années 1930  (Une éducation manquée, 2005),  découvre avec Marseille sa « Nouvelle Athènes ». La ville jacassante et chaleureuse de Pagnol est le berceau de la revue littéraire « Les Cahiers du Sud ». A l’ombre de l’ancien couvent devenu lycée Thiers, on rêve, avec le poète Louis Brauquier, à « l’au-delà de Suez »… Juste avant que de faire ses études de Droit à « Aix-la-Morte ». Puis de débarquer dans la cité des Antonin en 1956, l’année où gèlent les oliviers. Pour occuper – ô Messieurs les Ronds-de-Cuir ! - le poste de stagiaire des assurances « L’Urbaine et la Seine », au 20 du boulevard Gambetta,  la maison natale d’Alphonse et Ernest Daudet. Voici Nîmes d’avant les sixties. Le tramway bringuebalant entre quais de la Fontaine et Trois Piliers. La chambre louée à la famille Bonfort du côté de la Petite Vitesse. Précédant celle de la rue Nationale chez les sœurs Teyssèdre, tout droit sorties d’un roman d’André Fraigneau. La visite aux grandes familles de la bonne société protestante, les Hérisson et les Pallier…   L’excursion au château de Montfrin, guidée par Robert (pas encore Servan) Schreiber, fondateur des  « Echos » et mari de l’inamovible sénatrice radicale du Gard, Suzanne Crémieux !  Et les livres dévorés au cabinet de lecture tenu par les inénarrables soeurs Issoire. En un mot, une rafraîchissante goulée de nostalgie !

                                                                                                                                              Michel Boissard

 

Gare Saint-Charles. Souvenirs 1949-1957. G. de Diesbach, Via Romana, 2009, 24 euros

 

Publié dans articles La Gazette

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