LA SICILE COMME METAPHORE

Publié le par Michel Boissard

Cabanes.jpg                                                  

 

A coup sûr,  les dieux de la littérature se sont penchés sur Jean-Pierre Cabanes pour qu’il nous procure un roman qui se place, sans présomption aucune, sous les auspices conjugués de Léonardo Sciascia, Tomaso di Lampedusa et Roger Vailland. Au premier, il pourrait emprunter le titre d’un essai décapant « La Sicile comme métaphore » (1979). Tant l’île qui offre à ce récit l’espace de son paysage, entre Messine et Reggio di Calabria, paraît résumer l’itinéraire d’une vie d’homme entrelacée à l’histoire d’un siècle. Nous sommes en 1935, l’an XII de l’ère fasciste, Mussolini regnante. Carlo Gastaldi et Agrippina Foscari, enfants de pêcheurs, férus de culture gréco-latine, vivent des amours adolescentes à l’ombre tutélaire d’il Nonno, le volcan qui fait sentinelle au dessus de la Méditerranée. Autour d’eux, il y a Luca, le père de Carlo, qui s’est distancié du régime qu’il a porté sur les fonts baptismaux. Un personnage sorti de « La Loi » (Prix Goncourt 1957), le roman dans lequel Vailland peint le désenchantement politique mêlé aux rapports de classe, en cette Italie du Sud violente, fauve et pauvre. Il y a encore la mère de Carlo que ce dernier n’a jamais connue, Marta Ricovacci, fonctionnaire fascistissime, intime du Comte Ciano, le gendre de Mussolini, qu’une « découverte » archéologique, politiquement valorisante pour exalter l’invasion de l’Ethiopie par le Duce, ramène aux lieux insulaires de sa jeunesse. Voici enfin un petit monde qu’on rencontrerait volontiers à Donnafugata - le fief aristocratique du « Guépard » (1958) cher au Prince de Lampedusa… Don Léonardo, un curé disgracié par le Vatican ; le podestat (maire) de l’île, Onésimo Battista ; la Ducessa, mère d’Agrippina, dont le seul surnom trahit une adepte passionnée du Fascio ; et la Funghina, la servante du prêtre vaticinant les arrêts d’un Dieu à  figure de Destin ! Roman de l’amour fou, de la filiation et de la rupture sociale au cœur des tragédies contemporaines,  « Ciao bella » est magnifiquement écrit.

 

                                                                                                                                               Michel Boissard

Ciao bella, J.P. Cabanes, Aubéron, 2009, 19 euros

Publié dans articles La Gazette

Commenter cet article

MANONI MARTINA 11/07/2010 23:25



Vraiment un très beau livre que j'ai lu d'un seul coup.


Je confirme tout ce que M Boissard vient de dire.


Seul bémol: les expressions en italien un peu trop "maccheroniche", des fautes dans le choix des termes ici et là et quelques "consecutio temporis" mal respectée.


En tout cas, rien de gravissime; seul l'oeil d'une vraie Italienne aurait pu s'en apercevoir...


MM