LE DERNIER BAL DU VIEIL HOMME TRISTE

Publié le par Michel Boissard

                                             

 

L’universitaire toulousain Yves Pourcher nous offre un roman dans le goût français. L’arôme en est subtil, la construction élégante, l’écriture pleine de finesse. Roman de formation, c’est l’autobiographie d’un fils de magistrat  provincial à l’assaut du Paris des Années folles. A l’enfance d’un chef succède le crépuscule des dieux. A la séduction fasciste – « la tête et le poing » - la guerre et ce qui en découle. La fiction se fait politique, explorant les arcanes de l’Occupation jusqu’au bord des années 1950. On suit le narrateur à la manière de Fabrice del Dongo sur le champ de bataille de Waterloo. La révérence à Stendhal s’assortit d’une référence au récit objectif.  Compte davantage pour notre héros le statut d’observateur du drame que la singularité de sa biographie. Au point qu’il est affublé d’identités multiples et, comme Drieu la Rochelle, « couvert de femmes ». Chevalier servant de Bettina, mannequin chez Schiaparelli, il s’appelle Lucien. Ami de Josée de Chambrun, la fille de Pierre Laval, il se nomme Maurice. Pour Lili de Chambure, qui épousera un Rothschild et mourra à Ravensbrück, il sera simplement « Lui ». A la fois gigolo, journaliste mondain, et sobresaliente des puissants. Il croise Ramon Fernandez. En compagnie de Cocteau, visite l’exposition du sculpteur nazi Breker. Il fréquente Paul Morand. Et « pige » au journal « Vogue »… « Acceptant la plus infâme des servitudes », le voici à Vichy, sous le Maréchal.  Ou à Istanbul, parmi le gratin de la Kollaboration. Il finira à Venise, « au  dernier bal d’un vieil homme triste »…

 

                                                                                                                                                    Michel Boissard

 

Trois coupes de champagne, Y. Pourcher, Grasset, 2009, 18 euros

Publié dans articles La Gazette

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