« Je suis un mauvais nègre. » dit Aimé Césaire (1913-2008). Qui dérange la bonne et la mauvaise conscience du spectateur assistant à l’adaptation scénique de son « Discours sur le colonialisme » (par le GRAC de Saint-Etienne au Mobil-home Théâtre de Nîmes). Politique ou poétique, la parole ne laisse pas d’être une « arme miraculeuse ». Nourrissant des ferments d’émancipation qui rongent les « Ferrements » (1958) enserrant les peuples opprimés. Césaire fait de la prosodie une « parole essentielle ». « C’est assurément un problème très grave / des rapports de la poésie et de la Révolution / le fond conditionne la forme. » Cependant les mots sont faits pour chanter « des mots-iguanes / des mots d’ombre / des mots subtils. » Tel « le mot nègre / sorti tout armé du hurlement d’une fleur vénéneuse ». Les mots saluent le syndicaliste mort : « Vois dans la forêt sans sommeil / tes amis ont poussé patients ». L’écriture s’engage : « Je conte l’Afrique qui s’éveille / dont la colère traversa comme un ange / l’épaisse nuit verte de la forêt ». L’écriture dit la Résistance : « Tout ce qui est courbé sera redressé, tout ce qui est dressé / sera exhaussé ». L’écriture s’irrigue d’espérance : « Ma terre est bonne / ta voix aussi est bonne / avec cet apaisement que donne un lever de soleil ». L’écriture est une danse : « … la danse brise-carcan / la danse saute-prison ». Qui explose de liberté.
Michel Boissard
Cent poèmes d’Aimé Césaire, Omnibus, 2009, 31 euros
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