DRAME DE FAMILLE

Publié le par Michel Boissard

                                                                 

 

Avec  Balzac, note le critique Albert Thibaudet,  de biographie d’un individu le roman se métamorphose en miroir de l’histoire d’un monde. La production littéraire aujourd’hui dominante épouse la démarche du créateur de « La Comédie humaine ». On le vérifie par le succès des sagas familiales. Frédérick d’Onaglia s’est à ce point coulé dans le moule qu’il nous offre ensemble un roman domestique, un roman de société et un roman cévenol. S’y ajoutent une belle fluidité d’écriture et un sens délié de la construction de l’intrigue. Roman domestique - dans la lignée des « Gens de Mogador » de la nîmoise Elizabeth Barbier - voici l’histoire d’un noeud de vipères familial. Rancoeurs et escroqueries,  pièges et meurtres : les Chavanel (le patronyme de cette dynastie) sont des Atrides en veston. Le cercle de famille est à la fois  le siège de secrets inavouables,  le lien de transmission de traditions, le théâtre de passions exacerbées.  Puis,  le drame intime s’élargit au roman de société. L’auteur pénètre avec beaucoup de science le monde de l’entreprise.  Lorsque  se suicide le patriarche Jean Chavanel,  patron d’une marque de chaussures réputée, sa belle-fille Chloé et son cousin  Gérald s’opposent inexpiablement, confrontant deux stratégies du capitalisme industriel. Ou bien, le règne absolu des actionnaires : la délocalisation de la production et la  financiarisation à outrance. Ou bien la préservation du patrimoine familial, la  promotion de la qualité, la  « prospérité du pays »… Ce manichéisme serait caricatural s’il ne permettait  à l’auteur d’intégrer son récit à un terroir privilégié. Nous sommes maintenant dans un roman cévenol.  On  évoque  l’épisode Jalatte pour les faits. On traverse la géographie poétique des  faïsses et des bancels  On se remémore la rigueur protestante faite d’opiniâtreté et d’esprit d’insoumission. Cette dimension de la fiction, loin d’être seulement convenue,  résonne d’une petite musique qui ne s’oublie pas.

 

                                                                                                                                                Michel Boissard

Le Faux Pas, F. D’Onaglia, Belfond, 2009, 19,50 euros

 

 

Publié dans articles La Gazette

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