« Le temps qui passe / Le temps qu’il fait / Le temps qui fuit / De mon obscure vie j’ai perdu / La trace / la voilà retrouvée. » Ces vers du poète narbonnais Pierre Reverdy, qui fut son ami, seraient légitimes en exergue de la coruscante biographie - heureusement rééditée - que Paul Morand a consacré à Gabrielle Chanel (1883-1971). « Coco » parle sous la plume précise et racée de l’auteur de « Tendres stocks ». Mensonge ou amnésie, elle tait son ancrage en terre cévenole. Née à Saumur, morte à Paris - au Ritz, elle tire ses origines de Ponteils-et-Brésis, canton de Génolhac. Où l’on nommait « chanel » l’enseigne Bon pain. Bon vin. Loto. Liqueurs. Bonbon, la boutique tenue par sa parentèle… Nous revivons avec une allégresse communicative le geste émancipateur qui fait de la cousette de 1914 la libératrice du corps féminin ! Nous saluons la naissance d’une grande styliste de mode qui a cultivé la simplicité : « Une robe bien faite va à tout le monde » ! Et qui commentait avec un orgueil provocant : « Je n’ai pas à expliquer mes oeuvres ; elles se sont expliquées d’elles-mêmes. » Une femme d’ « allure » physique. Sobre comme le tailleur sport en jersey ou celui en tweed doublé de soie qu’elle inventera. D’ « allure » morale, aussi. « Je ne suis pas du tout frivole. Je prends tout au sérieux. J’ai mis la sincérité dans tout. Je n’ai jamais tiré sur moi-même de chèque sans provision. » Une ascension sociale fulgurante : le renom et la fortune ! Des amours tumultueuses… Mécène de Picasso et de Diaghilev… La face d’ombre de l’Occupation… Malgré tout : la couturière du siècle ; la Grande Mademoiselle. « Il y a une élégance Chanel. »
Michel Boissard
L’allure de Chanel, P. Morand, Folio-Gallimard, 2009, 6 euros
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