BERNARD PINGAUD, ECRIRE ET VIVRE

Publié le par Michel Boissard

 Bernard Pingaud (Paris, 1923) fait partie de ces « passants considérables » qui, élisant le Gard comme terre d’adoption, l’ont, du même coup, érigé en une singulière principauté littéraire. Romancier (L’Amour triste, 1950 ; Adieu Kafka, 1989), essayiste (Mme de La Fayette, 1959), théoricien de la littérature (La Bonne Aventure, 2007), il a jeté l’ancre entre La Bruguière et Collias depuis quelque vingt ans… De là, il nous procure les riches et captivants « Mémoires » d’un intellectuel qui s’assume avec une intrépide sincérité. Témoin de temps déraisonnables, de Vichy à nos jours, qui a souvent pris « le risque de se faire égorger » (Pascal). Evoquant, avec une discrète humanité, de biographiques fêlures intimes. Pingaud écrit quelque part que « se raconter, c’est s’inventer ». Autrement dit « replacer dans la dimension de l’ouvert quelque chose qui appartient à un univers clos ». Sous cet angle de vision, on comprend de quelle manière le rejeton d’un père conservateur se fait à vingt ans thuriféraire de « l’homme supérieur », admire Drieu la Rochelle et Brasillach, côtoie le futur romancier Antoine Blondin à la revue fascisante des « Cahiers français »… De même, saisit-on l’itinéraire d’un normalien devenu secrétaire des débats à l’Assemblée nationale, lecteur critique du Sartre des « Chemins de la liberté » et plus tard membre du comité de rédaction des « Temps Modernes », fervent soutien de Mendès France dont il tient parfois la plume et signataire du « Manifeste des 121 » contre la guerre d’Algérie… Ainsi se dessine, enfin, la figure - jamais complaisante - de l’écrivain engagé, animateur de la prestigieuse revue « L’Arc », qui aura toujours confronté les exigences de l’écriture à la passion citoyenne. Fondateur, dans les années 1970, de la Section socialiste des Ecrivains, auteur du Rapport sur le prix unique du livre (1982) – à la demande de Jack Lang, ministre de la culture, conseiller culturel en Egypte sous Mitterrand… Bernard Pingaud parle de mémoires de la désillusion. Ne serait-ce pas plutôt ceux d’un insoumis ?
Michel Boissard

 Une tâche sans fin, B. Pingaud, Le Seuil, 2009, 25 euros

Publié dans articles La Gazette

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