A LAFONT DE NÎMES…

Publié le par Michel Boissard

                                                            

 

 Est-il meilleur hommage au nîmois Robert Lafont (1923-2009)  - linguiste, poète, essayiste, romancier franco-occitan - que de recommander la lecture de son œuvre dernière  - la réédition d’un allègre pastiche de l’italien Boccace (1313-1375) ? Traduit de l’occitan, dans un français mélodieux et suggestif, par  Danielle Julien, ce Décaméronet est digne de son modèle du trecento. Adaptation libre de l’original,  entrelaçant comique et gravité,  baroque et classique, voici onze nouvelles « refuge contre la frénésie du monde et les horreurs de l’histoire » (Claire Torreilles).  Réunis à Urbino, dans les Marches transalpines, à l’occasion d’un Congrès de conteurs, nous faisons la connaissance d’une cohorte d’intellectuels européens. Mariton la Béarnaise, Jordi le Barcelonais, Yann le Breton, Pablo l’Andalou, Carmelo le Sicilien, Ramon l’Aragonais, leur hôte l’Italien Gianfranco, ainsi que Carlina, Irmela et le Narrateur – l’auteur lui-même, sans doute… Reclus dans une villa du XVe siècle à la suite d’une explosion accidentelle ou terroriste (?), ces personnages égrènent le temps en se racontant mutuellement des histoires, souvent gaillardes, où le désir dialogue avec la mort. Le picaresque s’accorde au maniérisme (F.M. Castan). Le peintre Raffaélito (le futur Raphaël) éveille les sens de la marquisette Eleonora promise à la concupiscence de César Borgia. La Pançarique prolonge au-delà d’un usage intensif  la virilité de son amant en  momifiant icelui dans une jarre de cire. Phryné de Mikonos découvre l’Île aux Amants. Ignorant que ses habitants qui sacrifient sans tabou aux joies du sexe sont des dieux, elle se consume rien qu’à les regarder ! Sans avoir même eu le temps de comparer l’acmé du plaisir à ce fugitif rayon vert qui traverse le ciel  de Tolède juste avant que l’astre solaire couchant ne s’enfonce dans l’horizon !

 

                                                                                                                                                         Michel Boissard

Le Petit Décaméron, R. Lafont, Trabucaïre, 2009, 12 euros

 

Publié dans articles La Gazette

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