AVEZ-VOUS LU MILAN KUNDERA ?

Publié le par Michel Boissard

               

 

Début juillet, à Nîmes,  en l’hôtel de Boudon, Irène Jacob a lu des pages de Kundera au Festival organisé sous l’égide de France Culture. Mais connaissez-vous Milan Kundera ?  Né il y a quatre vingt ans à Brno, aujourd’hui République tchèque, naturalisé français en 2001, c’est d’abord le romancier de « La Plaisanterie », dont la publication peu après la fin du Printemps de Prague (1968),  avec une retentissante préface d’Aragon, signe le temps de la remise en cause du « socialisme réel ».  Ludvik Jahn, le héros de cette histoire, est un étudiant communiste pleinement dans la ligne.  Auquel  il prend l’idée provocatrice d’adresser à sa bien-aimée une carte postale ainsi rédigée : « L’optimisme est l’opium des imbéciles ! L’esprit sain pue la connerie ! Vive Trotski ! » On imagine la suite dans un régime stalinien ! Chassé de l’Université, exclu du Parti, enrôlé de force dans un régiment disciplinaire pour dissidents… A la clé,  la déchéance nationale pour Milan Kundera. Lequel, quatre décennies plus tard, resté fidèle à l’anticonformisme de ses débuts dans la littérature, nous offre « …une rencontre de (ses) réflexions et de (ses) souvenirs ». Ce qui nous vaut une subtile étude sur la mort humaine et la mort animale dans le roman de Céline « D’un château l’autre ». Une variation sur « les listes noires » de proscription intellectuelle au travers de l’aventure posthume d’Anatole France, conspué par les surréalistes, dédaigné d’un Paul Valéry lui succédant à l’Académie, oublié sur de poussiéreuses étagères par un lectorat versatile. Cette forte remarque selon laquelle Rabelais n’est pas seulement un père de l’humanisme mais « le pionnier, le fondateur, le génie du non-sérieux dans l’art du roman ». Sans oublier, « beau comme une rencontre multiple », la chronique du premier contact, en 1941, sur la route de l’exil américain de l’auteur de « Nadja », entre André Breton et Aimé Césaire. Un hymne à la liberté de l’imaginaire !

 

                                                                                                                                         Michel Boissard

Une rencontre, M. Kundera, Gallimard, 2009, 17,90 euros

 

Publié dans articles La Gazette

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