ROMAN ? TU PARLES, ROMAN…

Publié le par Michel Boissard

                                         

 

Au début des années 1990, l’écrivain François Bon crée un atelier d’écriture à Montpellier, dans le quartier populaire de La Paillade. Cela donnera l’ouvrage collectif « Phobos, les mal famés » (Le Seuil, 1995). Questionner les arcanes de la création littéraire et revisiter les formes contemporaines de l’urbanité demeure, quinze ans après, le sujet de l’auteur de « Sortie d’usine » (1982). Qui joue sa partition en entrelaçant le réalisme et la fable. De même qu’ André Gide, dans « Paludes » (1895 ; rééd.Folio, 1997), il se décrit en train de composer son œuvre.  Au romancier italien Italo Calvino, il emprunte l’apologue des « Villes invisibles » (1974 ; rééd.Points-Seuil, 1984) : « J’ai construit en esprit un modèle de ville à partir duquel déduire toutes les villes possibles. » L’argument de ce roman du roman tient en son titre. Le 22 novembre 2008, l’hôtel Hilton-Bonaventure, à Montréal, prend feu. On doit en évacuer les huit cents occupants. Dont le narrateur François Bon qui y loge durant un Salon du Livre réunissant le beau linge de la corporation. Sa chambre, comme celle de ses congénères,  et de quelques footballeurs de prestige, est située au 15è étage de l’hôtel. Tandis que la littérature est installée au troisième sous-sol. Cette symbolique fait ricaner le critique littéraire du « Figaro Magazine ».  Mais François Bon persiste et signe  un parallèle polémique entre édition et jeux de hasard : « Tirage, grattage… Et si au lieu d’édition, on parlait de ces jeux ? »  Si on explorait l’envers de la vitrine ? A l’arrière-boutique de la « marchandisation » du livre fait écho la vision inversée de la grande ville.  Pour héberger les sinistrés, le cocon protecteur du building  de la multinationale hôtelière cède la place à une patinoire déserte, au pub de la gare ouvert 24 x 24 h, ou aux couloirs du métro… Ne sommes-nous pas l’un de ces SDF éjectés du palace de la consommation ?  Montréal n’est-il pas  le miroir de notre monde ?

 

                                                                                                                                  Michel Boissard

 

                                                                              L’incendie du Hilton, F. Bon, Albin Michel, 2009, 15 euros

 

Publié dans articles La Gazette

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