AU GALOP DE LA VIE

Publié le par Michel Boissard

                                                    

 

Une lebensgaloppade ! Mené allegro vivace, le roman de Lydie Salvayre (mais s’agit-il d’un roman ?) évoque le mot d’un prince allemand du siècle des Lumières, que cite quelque part Montherlant. La vie comme un galop. A la manière de celle de BW (Bernard Wallet), compagnon de la narratrice et fondateur des Editions Verticales.  Auquel la perte subite de la vision, contemporaine d’un abandon volontaire du métier, suggère ce récit biographique à deux voix, écrit par la romancière du « Portrait de l’écrivain en animal domestique » (Le Seuil, 2007).  Un texte en forme de trajectoire, d’itinéraire, de traversée. L’éloge du départ, du voyage, de la fuite, de la route. Façon Jack Kérouac. Depuis Clermont-Ferrand, « le trou du cul du monde » où s’éteint sa jeunesse, jusqu’à Kaboul, Peshawar, Madras, Amritsar… Un road movie qu’eût aimé Paul Morand ! Car les chemins de Katmandou mènent à la littérature « qui est la came de BW, sa passion, sa faiblesse, sa meuf ». Au point de le conduire, avec une « audace inconsciente », à clouer, le 1er septembre 1996, sur la porte du 20 rue Visconti, Paris VIe, la plaque des  Editions Verticales. Verticales par horreur de ce qui est couché. Ou de ce qui se traîne  à genoux. D’où un catalogue des plus signifiants : Richard Bohringer, « C’est beau une ville la nuit » (800000 exemplaires) ; Al Maari, poète arabe, et aveugle, du XIe siècle ; le comédien Daniel Prévost (Journal intime)… Et encore, non publiés mais chers au cœur de l’éditeur, les bannis, réprouvés, exilés - « d’Epictète congédié par Domitien » à « Mandelstam déporté » ! Mais, au fait, pourquoi BW n’a-t-il jamais édité Lydie Salvayre, fille de réfugiés républicains espagnols, toulousaine de jeunesse, uzégeoise d’adoption ?

 

                                                                                                                                                        Michel Boissard

BW, L. Salvayre, Le Seuil, 2009, 17 euros

Publié dans articles La Gazette

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