QUAND LA GUERRE ETAIT FROIDE…

Publié le par Michel Boissard

                                                          

 

En 1947, l’actualité éditoriale est défrayée par la publication de la traduction française de « J’ai choisi la liberté » signée de Victor Kravtchenko, un haut fonctionnaire soviétique passé à l’Ouest.   Membre du Parti Communiste, capitaine dans l’Armée Rouge, nommé pendant la guerre à l’ambassade de Washington pour négocier un prêt d’armes, il déserte en avril 1944.  Son livre dresse un réquisitoire contre la répression des libertés en Russie stalinienne et révèle la mise en œuvre d’un système concentrationnaire destiné à l’opposition politique. La sensation est d’autant plus forte que l’URSS a pesé d’un poids décisif pour écraser le nazisme. Et que les communistes français ont été l’aile marchante de la Résistance.  C’est le premier épisode significatif de la « guerre froide » de propagande entre les deux blocs américain et soviétique. « Les Lettres françaises », hebdomadaire fondé sous l’Occupation par le communiste Jacques Decour et le nîmois Jean Paulhan, dirigé par Aragon, monte au créneau. Accusant Kravtchenko d’être un agent américain stipendié. Un procès en diffamation s’ensuit.  A (re) lire les notes d’audience prises il y a de cela soixante ans par l’écrivaine dissidente russe Nina Berberova (1901-1993), on perçoit l’acuité de l’affrontement idéologique de l’après-guerre. Selon Joë Nordman (Aux vents de l’histoire, Actes Sud, 1996), l’un des avocats des « Lettres françaises » à l’époque, l’affaire Kravtchenko est inhérente à « la grande machine anticommuniste mise sur pied en France par la CIA ». Mais elle reflète aussi le phénomène « d’obturation mentale » qui conduisit les communistes à l’aveuglement. « L’archipel du goulag et les révélations sur la dictature soviétique mettent aujourd’hui en évidence cette dimension du procès… »

 

                                                                                                                                                        Michel Boissard

 

L’affaire Kravtchenko, N. Berberova, Babel-Actes Sud, 2009, 8,50 euros

                                                    

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