LE MUSEE IMAGINAIRE DE MONSIEUR SARKOZY

Publié le par Michel Boissard

                                          

 

La chronique retiendra sans doute qu’au début de l’an de grâce 2009, dans un discours prononcé à Nîmes, l’actuel président de la République a théorisé l’histoire bling-bling. Légitimant par la création d’un Musée de l’Histoire de France une instrumentalisation politique de celle-ci ramenée au rôle de productrice d’identité et de ciment de cohésion sociale. Dans un essai brillant, caustique et sans concessions, l’universitaire Nicolas Offenstadt déconstruit cette entreprise idéologique d’écriture d’un « roman national » destiné à répondre « au besoin de sens et de repères » que manifesteraient nos compatriotes. Avec Nicolas Sarkozy le rapport au passé devient « un grand mélange où tout s’entrechoque comme dans une boîte de nuit quand les néons tournent à plein ». Cependant le voyant et le clinquant ne doivent pas occulter le contenu de l’histoire bling-bling. Fondée sur quatre piliers : la réinvention du National (la France a une « âme », selon le polygraphe Max Gallo),  le continuum chronologique (des Gaulois à Sarkozy), la dénonciation de la « repentance » (de Pétain à la guerre d’Algérie), la stigmatisation de « l’ennemi » (les mémoires des « communautés », de la traite des noirs au génocide arménien)… Jouant sur les émotions collectives au travers de mises en scène théâtralisées. Le Président au plateau des Glières ou à la cascade du Bois de Boulogne (Résistance), le Président à l’Ossuaire de Douaumont (14/18). Promouvant le pipole au travers de grandes figures nationales. Guy Môquet, dont est gommée la conviction communiste au bénéfice d’un patriotisme désincarné, donc consensuel. La mort de Lazare Ponticelli, le dernier des Poilus, moyen d’exalter une mémoire Bleu horizon plutôt que d’inciter à une réflexion critique sur la guerre et la paix. La conclusion (provisoire) appartient à l’historien Lucien Febvre (1878-1956) : « Une histoire qui sert est une histoire serve. »

 

                                                                                                                                                Michel Boissard

 

L’Histoire Bling-Bling, le retour du roman national, N. Offenstadt, Stock, 2009, 12 euros

 

Publié dans articles La Gazette

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