UN ANDANTE MELANCOLIQUE ET GRACIEUX

Publié le par Michel Boissard

                                        

 

Jean-Pierre Milovanoff a donné Faulkner et Proust pour parrains à ce beau roman.  Comme l’écrivain de « Lumière d’août »,  il sait recréer le génie d’un lieu. Son Mississipi se nomme Camargue. Le pays de Mistral  résonne des accents du « Delta Blues ». Et la station imaginaire de Cap-Marin, où se déroule le récit, fait pendant au fictif comté de Yoknapatawpha du romancier américain. Ce « Deep South » est terre de mémoire. La mémoire-souvenir : celle qui n’est « que le regret d’un certain instant »… Qui hante les travaux et les jours de Silvio Gaillard. Tout le temps qu’il passe au gardiennage d’un camping déserté au bord d’une mer où l’été s’est couché… Personnage proustien, Silvio nous dit que le passé n’est jamais mort. Puisque le voici entrelacé au présent comme le lierre au tronc du chêne. Silvio rêve du café-hôtel de la Bélugue où il a vécu sa jeunesse avec sa mère célibataire. Il revoit ce Johnnie Wood, un chanteur de blues à « l’accent de l’Alabama en français », qui reluquait le corsage maternel en s’exclamant : « My God ! » Mais qui s’appelait trivialement Jonas Dubois… Il se souvient de M. Sorensen, alias le Yachtman, ainsi surnommé, dés l’adolescence, en raison de sa passion pour la voile. Qui renoncera « aux grandes houles de l’océan pour des yeux mauves et une voix grave », trouvant  également refuge à la Bélugue. Tout au long de cette histoire il dialogue avec un observateur/enquêteur portant le nom, à peine détourné, de l’auteur : M. Milianoff. Auquel sa mère « réservait la meilleure chambre ».  Et qui fredonnait sans cesse les paroles de « Cajun Moon » de JJ. Cale,  le chanteur de country-rock…  Des trois nommés qui  a donc aimé celle qui se prénommait Mélina ? Et qui est vraiment le géniteur de Silvio ? Cette  recherche en paternité s’écoute comme deux vers de la chanson de Léo Ferré : « La mélancolie / C’est sous la blessure / Voir passer le temps ».

                                                                                                                                                       Michel Boissard

 

L’Amour est un fleuve de Sibérie, J.P. Milovanoff, Grasset, 2009, 14,50 euros

Publié dans articles La Gazette

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