J’ETAIS ETRANGER, ET VOUS M’AVEZ ACCUEILLI

Publié le par Michel Boissard

               

 

D’ascendance méridionale, Antoine Audouard a l’écriture dans le sang. Son père, Yvan Audouard (1914-2004), romancier et chroniqueur au « Canard enchaîné », passe une partie de sa jeunesse à Nîmes. Dans les années 1930, l’une de ses grands-mères tient commerce de librairie en Arles.  Petit-fils d’André Thirion (1907-2001),  figure notoire du surréalisme,  proche d’Aragon et de Breton, il est aussi le filleul du « hussard » Antoine Blondin… Muni d’un tel viatique,  l’auteur de « Adieu mon unique » (2000) a entrepris un voyage littéraire au long-cours. Dont l’escale du jour s’intitule « L’Arabe ». Un roman de caractères qui est aussi un roman dans l’histoire. Sans majuscules,  c’est celle d’un pays du Sud où la place du village s’appelle « Place des Hommes ». Pour mieux marquer le souvenir de la fierté qui fut celle de ses habitants avant que la crise n’en fasse de pitoyables pantins. Remâchant, comme les héros de Faulkner brisés par la vie,  leurs défaites professionnelles ou intimes. Transférées sur l’Etranger qui vient s’installer chez eux. « Pas un Zoulou ou un Papou ». Un Arabe ! Quelqu’un qui « n’est pas comme nous »… « Un boulot mal fait, c’est un boulot d’Arabe ; un braquage ou un  viol, c’est les Arabes ; un avion qui explose dans une tour c’est encore les Arabes… » Ainsi vaticine Mamine, la grand-mère qui transbahute son obésité (clin d’œil romanesque à l’Ennemonde, de Giono ?) dans une voiturette électrique.  Stigmatisant ce Juste – le bien-nommé – qui a loué une cave au crouille. Et Bernard, le tétraplégique entrepreneur de travaux, qui – l’inconscient ! - lui a procuré un travail. Survient le meurtre de Noémie, la fille de Mamine. Qui est le coupable tout désigné ? « Les melons qui nous piétinent et nous insultent (…) Coffrez-les tous, Allah reconnaîtra les siens ! » Estevan, le gendarme « commis par le Peuple à la protection de sa Bienheureuse Sécurité »  a beau s’interposer. C’est la médiocrité entrelardée de violence qui gagne. « Parce que la peur domine et que tout le monde s’en fout de l’injustice commise à un  Arabe… » Dans un pays qui associe « immigration » et « identité nationale », le roman d’Antoine Audouard n’a pas de conclusion.

 

                                                                                                                                                      Michel Boissard

L’Arabe, A. Audouard, L’Olivier, 2009, 19 euros

 

Publié dans articles La Gazette

Commenter cet article