SI LES ABEILLES NE PIQUAIENT PAS…

Publié le par Michel Boissard

                                          

 

En 1940, réfugié à Montauban,  le cévenol André Chamson commence à rédiger un essai : « J’écris pour le jour de la liberté. J’écris pour conjurer les maléfices de la défaite. » Mais, volontairement,  il ne publiera rien avant la Libération.  En 1941, le nîmois André Fraigneau accepte avec ses confrères Brasillach, Ramon Fernandez, Jacques Chardonne, l’invitation de l’hitlérien Goebbels à participer au congrès des écrivains européens à Weimar. Dans le même temps, le sétois Paul Valéry se porte en défense du philosophe Henri Bergson, victime des lois antisémites du gouvernement de Vichy. Jean Paulhan, contraint de céder la direction de la NRF au kollaborateur Drieu la Rochelle, relaie le romancier communiste Jacques Decour, fusillé par les nazis, et fonde le journal « Les Lettres françaises ». Il note : « Tu peux serrer une abeille dans ta main jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué.  Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. » Pierre Seghers, qu’Aragon rencontre à Villeneuve-les-Avignon, y publie  la revue « Poésie » ouverte « à toutes les voix de la Résistance intellectuelle ».  De père uzétien et de mère normande, André Gide, après une hésitation pétainiste au départ, se souvient que « l’art commence à la résistance ».  Collaborer ou résister ? L’interpellation domine quatre années de vie culturelle dans la France occupée. Et l’excellent petit livre portant ce titre signé Olivier Barrot et Raymond Chirat.

 

                                                                                                                                                       Michel Boissard

 

La vie culturelle dans la France occupée, O. Barrot, R. Chirat, Découvertes/Gallimard, 2009, 14,50 euros

 

 

Publié dans articles La Gazette

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