Un autre marc bernard

Publié le par Michel Boissard

Un autre Marc Bernard

 

Né et mort à Nîmes, Marc Bernard (1900-1983) fait partie de cette phalange des écrivains prolétariens, qui constitue l’un des traits les plus originaux des lettres françaises contemporaines. Issu d’un milieu pauvre, apprenti puis ouvrier, il aura été durant plus d’un demi-siècle une voix venue d’en bas. Dont l’inspiration romanesque s’assortit au talent de l’essayiste, du critique et du portraitiste. Il faut donc remercier Stéphane Bonnefoi qui, après le polémiste littéraire (A l’Attaque ! 2004), nous fait redécouvrir le chroniqueur au burin et à l’eau-forte. On pense ici au mot de Bernanos : « D’amitié ou de colère, qu’importe, j’ai juré de vous émouvoir ! » Marc Bernard y parvient, donnant chair et vie à ceux qui ne sont plus désormais que des noms illustres, ou moins connus, sur des silhouettes évanouies. En trois adjectifs « virevoltant, attentif, distrait », il campe son compatriote nîmois, éminence grise de la NRF, Jean Paulhan. Et en deux temps, « le goût de la synthèse », « l’homme tourné vers l’avenir », le protestant pacifiste Henri Barbusse. Généreux, chaleureux, humain trop humain, il loue l’intrépide sincérité d’André Gide, le courage créateur de Zola, l’élégante désinvolture de Léon-Paul Fargue, l’intelligence lucidement glacée de Jacques Chardonne, range Henri Calet auprès du classique Rétif de la Bretonne, et Eugène Dabit – de l’inoubliable Hôtel du Nord – tout à côté de son cœur qui était grand comme ça …

 

Michel Boissard

 

A hauteur d’homme,  M Bernard, Finitude, 2007, 15 euros

Publié dans articles La Gazette

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