Christianisme et monde moderne, cinquante ans de recherches, Paolo Prodi,

Publié le par Michel Boissard

Le christianisme est-il soluble dans la mondialisation ?

 

 

 

 

Christianisme et monde moderne, cinquante ans de recherches, Paolo Prodi,

461 p., Hautes Etudes, Gallimard-Seuil, 2006, 28 euros

 

 

L’universitaire italien Paolo Prodi appartient à cette génération qui eût quinze ans au temps d’Auschwitz et trente à l’ouverture du Concile Vatican II (1962). Son métier d’historien, spécialiste de l’Eglise catholique du XVIè siècle, doit autant au cursus scolaire qu’à ces deux bornes qui jalonnent la route d’un humaniste chrétien influencé par les philosophes hégélien Benedetto Croce – et marxiste, Antonio Gramsci.Au seuil de ce recueil d’articles, fruit de cinquante ans de recherches, Prodi souligne bien l’enjeu. Il s’agissait de savoir comment sortir de la crise où la barbarie avait plongé nos démocraties. Et si le modèle occidental de société en pleine faillite cèderait « aux pressions de nouvelles idéologies » de libération de l’humanité (lire : le communisme). Ou bien, si le christianisme demeurait une référence, voire une source de renouveau. Et de citer à l’appui Jacques Maritain, le penseur de l’humanisme intégral, et Emmanuel Mounier, le fondateur de la revue « Esprit », théoricien du personnalisme chrétien, tous deux  témoins et acteurs de cet engagement de la Foi au risque du siècle. Pour sa part, la réponse de Prodi emprunte les voies d’une recherche historique rigoureuse et érudite. Fondée sur l’hypothèse, nullement anachronique quoi qu’elle en ait, que la Libération à l’issue de la Deuxième guerre mondiale a marqué pour le catholicisme « la fin de la Contre-Réforme ». Cette dernière, articulée autour du Concile de Trente  (1547), ayant été moins une simple réaction doctrinale et disciplinaire à la Réforme protestante (1517, les Thèses de Luther), qu’une nouvelle dynamique théologique et ecclésiale imprimée au christianisme par un retour aux racines évangéliques. Cette dynamique durable – quatre siècles – s’étant en quelque sorte fracassée sur le tragique questionnement des camps d’extermination. Du coup, partant de l’appel permanent à la réforme ( ecclesia semper reformanda) que l’Eglise lance dans les phases de crise et de dépression, la logique et la finalité du Concile Vatican II furent de repenser « les rapports entre le sacré et le pouvoir ». Il reste à savoir si, quarante ans plus tard, on n’est pas parvenu à une sorte d’épuisement de la pensée conciliaire. A l’heure de la mondialisation, « aux paysages incertains et indéfinis », la force de l’Eglise ne serait-elle pas de ne plus se distinguer de l’histoire générale du monde occidental ? Et si, comme l’écrit Prodi, les trois grandes religions monothéistes, juive, chrétienne et musulmane, « sont en quelque sorte notre ADN », faut-il continuer d’opposer l’Europe aux racines judéo-chrétiennes à celle des Lumières ? Ou bien assumer ce dualisme dont est pétri notre culture ?

 

 

 

Michel Boissard

historien

 

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Publié dans humanité

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