Ouest, François Vallejo

Publié le par Michel Boissard

Ouest : un roman gionissime

 

On peut lire le roman de François Vallejo comme un roman de lutte de classes. L’Histoire se chargeant de lui donner un inoubliable arrière-plan. Entre février et juin 1848, l’assomption de la fraternité. Universelle comme le suffrage. De la République qui fusille ses prolétaires au Coup d’Etat du 2 décembre 1851, le temps des désillusions cruelles. Car le chemin est court du socialisme de Fourier aux « Châtiments » de Victor Hugo. On peut le lire aussi à la manière d’une pièce de Brecht. Maître Puntila se nomme ici Baron de l’Aubépine des Perrières, et son valet Matti, le garde-chasse Lambert. Dans laquelle, comme dit Hegel « chaque conscience poursuit la mort de l’autre ». Au travers du rapport de fascination-répulsion qui unit conflictuellement le seigneur à son domestique. On peut également savourer ce récit sous l’angle gionissime. Tant l’écriture et l’inspiration du manosquin  y affleurent subtilement. Le deep south – le sud profond, devient ici deep west – un ouest à la lumière aussi crue que celle qui éclaire le destin des Atrides de Haute-Provence. Les références se bousculent. La chute d’un domaine jadis prestigieux et prospère ? C’est « Le Moulin de Pologne ». La sensualité des corps, l’odeur du sang et la violence des actes ? C’est « Un roi sans divertissement ». Ces cœurs, passions et caractères que Vallejo porte à leur paroxysme, ce sont « Les Ames fortes ». Allez donc vous étonner après cela que cet « Ouest » ait reçu le Prix Jean Giono 2006 !

 

Michel Boissard

 

Ouest,  F. Vallejo, Viviane Hamy, 2006, 18,50 euros

Publié dans articles La Gazette

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