Petit éloge de la peau, R. Detambel

Publié le par Michel Boissard

 

Régine Detambel, la peau du personnage

 

 

En symbiose avec le corps qui exprime et dénie, souffre et jouit, Régine Detambel nous livre de subtiles variations littéraires sur la peau. Cette « vêture de gloire et de désastre » comme l’écrit la romancière Sylvie Germain. Qui témoigne au présent des écritures successives du temps. Ainsi des rides profondes qui enchâssent les yeux de Samuel Becket. Que le photographe fait saillir au comble du dessèchement. Et qui justifient les mots de Paul Valéry : « J’habite un manteau mouvant qui me pense. » Car, selon Bernard Noël, la peau est « un merveilleux organe à travailler le sens ». Tant d’écrivains l’ont compris qu’il existe une « part peaussière » de la littérature. Qui informe de ce qu’il y a d e plus profond dans la machinerie humaine. De « La Peau de chagrin «  de Balzac à « La peau et les os » de Georges Hyvernaud. En passant par les déchirures qui précipitent la mort de l’esclave Mathô pour avoir aimé Salammbô, la prêtresse de Tanit. Par les pôles et les aigrettes de douleur qui accompagnent le « lingchi » pratiqué au « Jardin des supplices » d’Octave Mirbeau. Découper, écorcher, même défroquer la peau pour y inscrire les mots de la loi violée, comme le propose Kafka dans sa « Colonie pénitentiaire ». Michel Butor a raison. La littérature vous fabrique une nouvelle peau. Et permet au lecteur de se mettre dans la peau du personnage…

Michel Boissard

Petit éloge de la peau, R. Detambel, Gallimard Folio, 2007, 2 euros

 

Publié dans articles La Gazette

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