Paulhan citoyen, M. Parent

Publié le par Michel Boissard

 

Jean Paulhan, politique inattendu

 

Etiemble le juge à droite et Paul Léautaud « presque communiste ». Cofondateur des « Lettres françaises », organe de la Résistance intellectuelle, il fustige l’épuration des écrivains. Fait publier Sartre chez Gallimard en 1939. Et peu après la Libération, le collabo Lucien Rebatet. Au nom de la littérature comme absolu. Succède au vichyste Pierre Benoît sous la Coupole. Gaulliste, il est par ailleurs favorable à l’amnistie des généraux putschistes de l’OAS. Ce qui ne l’empêche pas, sous le Front Populaire, d’être conseiller municipal de Chatenay-Malabry, sur une liste socialiste SFIO dirigée par Jean Longuet, le petit-fils de … Karl Marx ! L’itinéraire politique de Jean Paulhan illustre le théorème du biais qui lui fût si cher. Considérer ensemble l’avers et le revers des choses. Et reflète son appartenance au « parti du contraire », par quoi il traduit l’intraduisible mot nîmois de réboussier. On doit à l’universitaire Marcel Parent la redécouverte de cet épisode édilitaire de la vie de l’auteur des « Fleurs de Tarbes ». Où nous croisons deux autres nîmois de plume : Marc Bernard et André Chamson. Où nous partageons son engagement contre la guerre, le fascisme et pour l’Espagne républicaine. Où nous revivons la belle aventure d’un esprit libre, sceptique et solidaire, marchant à l’unisson d’un peuple qui va « au devant de la vie ».

 

Michel Boissard

Paulhan citoyen, M. Parent, Gallimard, 2006, 15 euros

 

Publié dans articles La Gazette

Commenter cet article