Correspondance Eluard Paulhan

Publié le par Michel Boissard

Correspondance Eluard-Paulhan, 1919-1944: une amitié contrariée

 

 

L’un, Eluard, figure du surréalisme, poète lyrique à l’écriture généreuse, est communiste. L’autre, Paulhan est, à lui seul, la N.R.F. : une certaine éthique huguenote de la littérature. Essayiste à l’expression laconique et précieuse, souvent ironique, il est de surcroît anticommuniste. Celui-ci joue auprès de celui-là, leur correspondance l’atteste, le rôle d’un mentor aux avis pertinents et recherchés. Naît une amitié. Paulhan excelle dans la maïeutique : il accouche Eluard de tout son poids de rêves, d’inquiétudes, de conflits intérieurs. L’auteur de « La jarre est-elle plus belle que l’eau ? » ce « Pétrarque moderne » dit Paulhan, interroge son directeur de conscience : « Peut-on changer sans revenir à l’ancien ? Changer en avant » ? La réponse du réboussié nîmois, qui se plait dans le paradoxe, est qu’il faut savoir épouser le parti du contraire. L’itinéraire d’Eluard va de Dada et des « femmes douces et mystérieuses qui séduisent les poissons d’un doux mouvement des lèvres » jusqu’au stalinisme. Entre-temps, de 1940 à 1944, il retrouve Paulhan sur le même chemin de résistance : celui, inoubliable, du poème « Liberté ». L’épuration des intellectuels les brouille à nouveau. Une brouille n’est rien, dit Sartre, tout juste une autre façon de vivre ensemble. Manière de conclure que l’amitié contrariée entre Eluard et Paulhan fût simplement – le poète disparait en 1952 – une amitié suspendue.

 

Michel Boissard

 

Correspondance Eluard-Paulhan, 1919-1944, Editions Claire Paulhan, , 2003, 27 euros.

Publié dans articles La Gazette

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