Courir à trente ans, N. Rey

Publié le par Michel Boissard

Courir à trente ans : … après sa vie

 

Jules Renard s’est trompé, le talent n’est pas affaire de quantité. Il est souvent plus honorable d’écrire une page que trois cent. Nicolas Rey en fait la preuve par « Courir à trente ans », petit chef-d’œuvre de concision et de sobriété littéraire. Pour son quatrième opus, l’écrivain d’ »Un début prometteur » regarde, à la façon d’un entomologiste, vivre de jeunes hommes aux prises avec les intermittences du cœur, du corps et de l’âme. Leurs amours naissent et se défont au rythme consumériste de la société urbaine, coincée entre hypermarchés, autoroutes et multiplexes. Ces désaxés du bi-millénaire ont plus d’un trait commun avec les « Misfits » des années 1960 observés par Arthur Miller. Ils courent après leur vie. Les valeurs libertaires des « sixties » ont fait place « aux neurosciences, aux religions, à  l’islamophobie. » Le monde est toujours celui de l’individualisme forcené, de la concurrence impitoyable, des rapports déshumanisés. Ce livre, au style cursif, au ton délibérément ordinaire, rappelle les mots du poète Hofmannstahl « Il faut cacher la profondeur. Où ça ? A la surface. »

 

Michel Boissard

 

Courir à trente ans, Nicolas Rey, Au Diable Vauvert, 2004, 17 euros.

Publié dans articles La Gazette

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