Compartiment lecture

Publié le par Michel Boissard

Compartiment lecture

 

Que le rail à partir de 1830 ait transformé notre civilisation, la littérature en donne la mesure. « Le fer du chemin », formule surréaliste d’Alfred de Vigny, est un monstre à apprivoiser. Car il s’oppose à l’érotisme apaisé du long voyage en roulotte.  Romantiques, Hugo et Nerval remarquent surtout le nouveau paysage, à la géométrie colorée, qui s’inscrit aux vitres des wagons. C’est sous Napoléon III que le train se fait chez Zola et Jules Verne outil de progrès et source de fantastique social, de "La Bête humaine » au « Tour du Monde en quatre vingt jours. » Entre 1870 et 1930, de Jack London à Jack Kerouac, le rail outre-atlantique devient un moyen d’expansion territoriale et un véhicule de l’errance. Dans les années 1920, au cœur de la vieille Europe, Valéry Larbaud et Italo Svevo établissent de véritables « feuilles de rail ». Comme on dit feuilles de route. Chez Marcel Proust le compartiment est un espace pour la rêverie le long du temps. En attendant le Paul Morand du 21ème siècle qui saura écrire des TGV, il reste quelques chefs-d’œuvre à (re)lire. Tragique, « Le train » de Simenon. Intimiste, « La modification » de Michel Butor. Lyrique, « La Prose du Transsibérien » de Cendrars. Sans oublier le succès de gare de Maurice Dekobra, « La Madone des sleepings » !.

 

Michel Boissard

 

Feuilles de rail,  s/d G. Chamarat et C.Leroy, Paris Méditerranée, 2006, 30 euros.

Publié dans articles La Gazette

Commenter cet article