Je t’écris de la tranchée : adieu la vie, adieu l’amour …

Publié le par Michel Boissard

Je t’écris de la tranchée : adieu la vie, adieu l’amour …

 

Spécialiste du premier conflit mondial, l’universitaire montpelliérain Frédéric Rousseau publie une correspondance inédite de guerre de Roland Dorgelès, l’auteur des Croix de bois. Réformé à deux reprises, Dorgelès obtient en 1914 d’être engagé volontaire. Pour qui comme lui a vécu une vie facile, entre journalisme mondain et conquêtes féminines, le choc est rude « d’une aventure inconnue, à la cruauté insoupçonnée ». F. Rousseau insiste sur le patriotisme exacerbé qui règne à l’époque et domine toute une génération. Au travers des lettres de Dorgelès à sa mère et à son amie Mado, on saisit l’évolution de l’état d’esprit d’un engagé entre  1914 et 1917. Ce sera la matière première des Croix de bois. Les lettres de Dorgelès jouent sur deux registres : rassurant pour sa mère, réaliste pour Mado. Plusieurs témoignages d’acteurs de la Grande Guerre attestent de cette schizophrénie volontaire du « Poilu ». Le talent de l’écrivain est d’en faire la toile de fond de son futur roman. Roman de la réalité crue : la boue, les rats, le sang, la peur, la mort. Roman de l’humaine tendresse : des hommes sont réduits à l’état animal, mais leur supériorité sur la bête, c’est qu’ils le savent. A la fin des Croix de bois, Dorgelès parle des petits bonheurs du quotidien : une soupe chaude, une nuit de répit, un brin de chanson, un amour, qui aident à tenir … Alors qu’il progresse dans l’écriture de son livre, Dorgelès éprouve que la femme aimée s’éloigne. Elle le quittera d’ailleurs. L’œuvre devient plus sombre, plus acide, plus forte, s’accordant à la mémorable « Chanson de Craonne » : Adieu la vie, adieu l’amour/ Adieu toutes les femmes

 

Michel Boissard

 

Je t’écris de la tranchée, Roland Dorgelès, Albin Michel, 2003, 20 euros.

 

 

 

Publié dans articles La Gazette

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