Tout en travers: une métaphore du monde

Publié le par Michel Boissard

Tout en travers: une métaphore du monde

 

Il faut lire Hilde Dillen pour au moins trois raisons. Tout en travers est publié par une jeune maison d’édition, Les flamboyants, installée à Uzès. C’est le premier roman d’une roman d’une écrivaine  des Flandres née dans les années 1960. Et c’est le récit de deux vies croisées sous le signe de la folie. Ou plutôt, de la vie comme « une histoire racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien » (Macbeth).

Le récent Salon du Livre a braqué Les Phares du Nord sur la littérature des Pays-bas et des Flandres. Hilde Dillen témoigne de la vitalité créatrice d’une région d’Europe qui a donné Erasme et Spinoza, et s’illustre aujourd’hui des œuvres de Hugo Claus, Cees Noteboom, Harry Mulisch, Hella Haasse. Tout en travers est une fiction contemporaine tournée vers le Moi et l’introspection, qui côtoie l’engagement dans les passions, les violences et les terreurs du siècle.

Le dialogue que Jens, l’artiste psychotique, entretient avec Hanne, sa jeune cousine, jusqu’au paroxysme de l’angoisse et à la déréliction, est une métaphore du monde où « l’air que l’on respire sent les détritus brûlés, le fer et le sang » ; où « impuissante, la terre s’insurge devant ces feux ardents allumés au cœur des forêts équatoriales déflorées. » Mais aussi, du monde où il y a «  des jardins à la Monet » pleins de fleurs de pommiers et de nymphéas sur des eaux rêveuses, juste entre le chant profond du Don Giovanni de Mozart et une air de flûte allègre de Puccini. Notre monde. Décidément, il faut lire Hilde Dillen.

 

 

 

Michel Boissard.

 

Tout en travers, Hilde Dillen, Les flamboyants, 2003, 19 euros.

Publié dans articles La Gazette

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