Les Monvalan de Mascarel : femmes fortes, femmes libres

Publié le par Michel Boissard

Les Monvalan de Mascarel : femmes fortes, femmes libres

C’est une saga familiale et une histoire cévenole que nous propose la romancière Maryse Batut, originaire du Lot et vingt-cinq ans durant Bagnolaise d’adoption. La saga est dominée par Rosine, veuve Monvalan, communément surnommée Roseveuve. Une aïeule « insensible, égoïste, maussade » détentrice d’un terrible secret personnel qui a façonné à chaux et à sable cette âme forte. Sous elle, ses enfants Geneviève, Albin et Jacques dont le destin est marqué jusqu’au drame par la dureté protectrice de leur Genitrix. Le plus faible et le plus rebelle, Jacques, y laissera sa peau. L’histoire cévenole est celle du village de Mascarel, au cœur de la Vallée borgne, élargie par les silhouettes du Lozère et de l’Aigoual – quelques maisons trapues et protestantes, cernées de châtaigniers, de mûriers et de vergers. Ce qui permet au roman d’échapper au genre littérature du terroir, c’est son inscription dans le temps. La saga des Monvalan de Mascarel court de 1947 à 1980 – l’arrière petite-fille de Roseveuve est la narratrice – et Maryse Batut nous livre le portrait, sans prétentions sociologique, d’une Cévenne vivante et changeante, des paysages aux mœurs. Rien n’est ici vitrifié : cette terre respire, chante et lutte. Enfin, c’est sans doute l’originalité du récit, les personnages de femmes, mieux construits que les personnages masculins, éclatent de vérité humaine. Ce roman est aussi celui des heurs et malheurs de la condition féminine.

 

Michel Boissard

 

Les Monvalan de Mascarel, Maryse Batut, JC Lattès, 2003, 16 euros.

Publié dans articles La Gazette

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