Les vies brèves :des héros et des saints

Publié le par Michel Boissard

Les vies brèves :des héros et des saints

 

 

Proviseur du lycée Daudet de Nîmes dans les années 1970, biographe de Pessoa, poète lui-même, Robert Bréchon livre son autobiographie intellectuelle avec les portraits de quelques héros et saints de tous les temps. Cette littérature de fragments étonne. Traiter d’Alexandre le Grand ou de Jésus en une dizaine de pages frise la désinvolture ou la provocation. Mais ces vies brèves sont le « sommaire » (Plutarque) de l’existence réelle du guerrier et du prophète. Le laconisme de l’écriture s’accorde à la durée éphémère de leur vie. La fulgurance de leur passage assure la pérennité de leur empreinte historique. On peut être surpris que ce recueil associe le mathématicien Evariste Galois qui  eût juste le temps de « donner une fleur unique, mais plus éclatante que toutes les autres » à Gabrielle d’Estrées, maîtresse d’Henri IV. Mais Shakespeare montre que la tragédie est souvent le grossissement caricatural du comique. Dans ce panthéon, Spartacus « le modèle de tous les damnés de la terre » rejoint Jeanne d’Arc qui « incarne la fragilité de la grandeur spirituelle » et Robespierre qui a « éprouvé le vertige de l’humanité ». Le livre se referme sur un parent de l’auteur, torturé et abattu par les nazis, et sur la trace lumineuse laissée par le communard Louis Rossel, témoignant que Robert Bréchon cherche à nous faire écouter, comme l’écrit André Maurois « cette note particulière qu’émet toute âme humaine, et qu’il est délicieux d’entendre résonner toute pure. »

 

 

Michel Boissard

 

Les vies brèves, Robert Bréchon, L’Inventaire, 2003, 16,50 euros.

 

 

 

Publié dans articles La Gazette

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