Nancy Huston, la différence et l’universel

Publié le par Michel Boissard

Nancy Huston, la différence et l’universel 

 

Bernanos parle de l’esprit d’enfance comme d’une grâce qui nous est donnée pour comprendre le monde. Quatre enfants, âgés de six ans, sont les récitants successifs du beau roman de Nancy Huston, Prix Femina 2006. Tous sont juifs et américains. Ils symbolisent une filiation, grâce à laquelle nous remontons le cours du siècle écoulé jusqu’à dévoiler le tragique secret qui fonde leur famille. Voici Sol (diminutif de Solomon). Un gamin insupportable d’intelligence et de fatuité qui vit dans une époque monstrueuse. Celle de l’après-11 septembre. Son père, qui approuve la croisade de Bush en Irak, se nomme Randall. Comme un héros de western des années 1960. Il est contemporain du drame de Sabra et Chatila. Sadie est la mère de Randall. Grandie sous le principat de JFK (Kennedy), élevée par des grands-parents adoptifs, elle souffre de l’obsession des origines. C’est que Erra, l’aïeule du clan, chanteuse de son état, fut la victime de la banalité du Mal que nourrit, selon Hannah Arendt, le national-socialisme. Enlevée à sa famille originaire d’Europe centrale, Erra sera formée dans une « Fontaine de vie », une crèche raciale inventée par le IIIe Reich pour sélectionner l’espèce. Où un récit romanesque fort et complexe pose, avec l’accent de l’Histoire les questions d’identité et de différence sur fond de valeurs universelles.

 

Michel Boissard

 

Lignes de faille, N. Huston, Actes Sud, 2006, 21,60 euros.

Publié dans articles La Gazette

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