Deux femmes à la fenêtre

Publié le par Michel Boissard

Deux femmes à la fenêtre

 

Le subtil petit livre que nous offrent, entrelacés par un talent amicalement complice, la plume de Michèle Gazier et le crayon de Mariane Trintignant ! C’est à Uzès, dont Racine aimait les nuits et Gide admirait la lumière semblable à celle de l’Ombrie, qu’ils se sont rencontrés. Et que l’un force le trait sur des fenêtres par l’ouverture desquelles l’autre écrit la diversité du monde. Comme le fait Aragon en marge de « Fenêtres à Collioure », le tableau rutilant de couleurs vives du au pinceau de Matisse (1905). C’est fou ce que l’on voit de choses par les fenêtres ! Portière de voiture ou de compartiment d’un train, objectif d’un appareil photo ou vitres d’une chambre … Que s’y encadre un fragment de paysage ou une scène familière, nous sommes des « voyeurs du dehors ». Priés de partager ce que l’écrivain et le peintre ont observé, nous révélant leur intériorité. Prenez le panorama d’Uzès dessiné depuis une terrasse surplombant la vallée de l’Eure. C’est à la fois une représentation du réel et une invention. Comme la cité ducale dont Michèle Gazier a fait le décor de son roman « Le Merle bleu » (1999). Feuilletez le carnet de croquis de Mariane Trintignant. Les lieux s’y égrènent à la manière d’une comptine : Altès, Ouled, Alcaniz, Entraigues, Marseille, Budir, Le Merlet, Luxembourg … Et se lèvent images, parfums, couleurs qui sont comme la matière première de romans à venir.

 

Michel Boissard

En souvenir de vous, M. Gazier, dessins de M. Trintignant, Le Seuil, 2006, 12 euros

Publié dans articles La Gazette

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