Benjamin Fondane, l’émigrant de la vie

Publié le par Michel Boissard

Benjamin Fondane, l’émigrant de la vie

 

Qui connaît aujourd’hui Benjamin Fondane (1898-1944) ? En un précieux volume de poche, Verdier, l’éditeur de Lagrasse, publie l’œuvre poétique intégrale de l’auteur du « Mal des fantômes ». C’est du reste sous ce titre que Benjamin Wechsler, juif roumain natif de Moldavie, devenu poète français, souhaitait en 1944 que soient édités ses cinq recueils de poèmes. Juste avant que la police de son pays d’adoption ne l’arrête. Ne l’interne à Drancy, le livrant ainsi aux nazis. Par le plus court chemin vers Auschwitz. Le mot de fantôme n’est pas fortuit. Fondane résume ainsi son itinéraire d’émigrant de la vie (H. Meschonnic). Dont l’inspiration aura constamment entrelacé l’errance d’Ulysse : « J’ai quitté les trottoirs de la ville pour d’autres trottoirs de ville » à l’obsession de la mort : « Terres promises/Aux confins de la vie de la mort – promises ». C’est qu’au départ de tout il y a cette révolte brute (dont Sartre parle au sujet de Nizan). Chez Fondane, elle s’affirme dès la jeunesse avec le goût de la provocation poétique. Qu’il cultivera au cours des années 1920 à Paris dans la proximité de Dada et d’Antonin Artaud. Solitaire. Traqué volontaire. S’avançant dans la nuit. Destiné au massacre. Pris entre le naufrage symbolique de sa vie (Titanic, 1937) et la route vers une mythique et improbable Babylone (L’Exode, 1943).

 

Michel Boissard

Le mal des fantômes, B. Fondane, Verdier Poche, 2006, 9,50 euros

Publié dans articles La Gazette

Commenter cet article