La Flamme et la Cendre : Valéry amoureux

Publié le par Michel Boissard

 

La Flamme et la Cendre : Valéry amoureux

 

On se croirait dans un roman. Nous sommes le 17 juin 1920.A Paris. A une table du Plazza Athénée. Avec la petite nièce de Lamartine et Paul Valéry qui vient de publier dans la NRF « Le Cimetière marin ». Et Catherine Pozzi, fille d’un célèbre chirurgien et d’une grande bourgeoise lyonnaise. Epouse, à la veille du divorce, du dramaturge Edouard Bourdet. On parodierait presque l’incipit d’ « Aurélien » de Louis Aragon : la première fois que Paul vit Catherine, il la trouva franchement laide … Mais entre le quinquagénaire Valéry et cette femme jeune, l’histoire d’amour qui débute sera un détonnant mélange d’intelligence et de passion érotisée. Lui ne met rien au-dessus de l’intellect. Mais le sublime par la volupté. « J’ai vu couvert de larmes/ Ce visage de fer/ Et se rompre les armes/ D’un œil qui fût si clair. » Pour elle, penser à deux est la plus intense des caresses. L’aboutissement physique n’est qu’un succédané. « Mon diamant, vous le plus difficile ! Vous qu’on n’approchait pas. Pureté, à quelle torture ton implacable beauté ne m’a-t--elle pas conduite ? » Au passage, on croise Gide, l’ami de jeunesse de Valéry ; Jean Paulhan, découvreur du talent de Catherine, et les silhouettes de Pierre-Jean Jouve, de Julien Benda, de Marie de Régnier, de Louis Massignon, des Maritain. Les centaines de lettres entre les amants qu’on croyait détruites, en partie retrouvées ou reconstituées, réalisent l’alliance d’un admirable récit amoureux et d’une écriture qui visite à deux « les pays de la pensée ».

 

Michel Boissard

 

La Flamme et la Cendre, Correspondance C. Pozzi- P.  Valéry, Gallimard, 2006, 32 euros.

 

 

Publié dans articles La Gazette

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