Apollinaire, l’amour en guerre

Publié le par Michel Boissard

Apollinaire, l’amour en guerre

 

Le 2 janvier 1915, sur le quai de la gare de Nice, Apollinaire quitte Louise de Coligny-Chatillon. Ce n’est pas encore la séparation finale. Mais cela lui ressemble. Après une permission, il regagne le 38ème régiment d’artillerie de Nîmes. Nîmes où il a aimé Lou, l’a possédée, l’a sublimée par des vers où la ville et l’amante n’en finissent pas de se superposer. Dans le train, Guillaume rencontre Madeleine Pagès. Coup de foudre. Le jour de Pâques suivant, Apollinaire part dans l’Est pour le camp de Mourmelon. La difficile rupture avec Lou, l’efflorescence d’un amour nouveau pour Madeleine, l’expérience tragique du feu enfin, tissent la trame de l’étonnant recueil de correspondance amoureuse et de poésie élégiaque que voici republié. Le poète y déploie envers l’Absente (Madeleine, à qui il écrit) une stratégie de conquête qui apparie désir et tendresse jusqu’à un point de fusion mêlant force et sincérité. « Je serre votre souvenir comme un corps véritable/ Ce que mes mains pourraient en prendre un jour/ Aura-t-il plus de réalité ? » Qui donne au revirement ultérieur des sentiments de Guillaume pour Madeleine sa signification logique. L’écriture est « l’ultime refuge de la beauté ». L’amour, « un mystère cultuel semblable aux fêtes antiques. » Que le lecteur, ayant le poète pour guide, visite puis décrypte.

 

Michel Boissard

Lettres à Madeleine, Tendre comme le souvenir, G. Apollinaire, Folio, 2006, 8 euros

Publié dans articles La Gazette

Commenter cet article