Vies de princesses, destins de femmes

Publié le par Michel Boissard

Vies de princesses, destins de femmes

 

Performance toute shakespearienne de l’actrice Helen Mirren, interprète du rôle de The Queen. Satire qui fouaille les mesquineries de  la famille Windsor au lendemain de la mort de Diana. L’excellent film de Stephen Frears nous rappelle que la vie des princesses est également cruelle. Et nous invite à lire la remarquable étude que Bartolomé Bennassar consacre à celles dont, dans l’Europe du 16ème siècle jusqu’aux Lumières, le destin de femmes fût enclos dans le triptyque formé par le Lit, le Pouvoir et la Mort. Ainsi d’Anne d’Autriche, un modèle selon l’historien nîmois. Fille aimée de Philippe III d’Espagne. Mariée à peine nubile au futur Louis XIII. Un mari peu porté au déduit. Une longue stérilité. On est loin des galanteries de la Reine pour Buckingham dont « Les Trois mousquetaires » de Dumas sont les complices. Puis, coup sur coup, deux maternités heureuses, dont celle du futur Louis XIV. Le Roi qui meurt. Une régence exercée avec Mazarin, le ministre-amant ( ?). Les troubles de la Fronde surmontés. Et une « bonne mort » pour un siècle de fer : un cancer à 65 ans ! Contre-épreuve : Elizabeth d’Angleterre. La première. Réputée bâtarde par son père Henri VIII. Jamais mariée. Intellectuelle au caractère fort. Une mort digne. Le symbole de la femme de pouvoir. Entre ces deux « types », combien de jeunes femmes vouées à la seule représentation, à la procréation forcée, à la transmission patrimoniale, sacrifiées à des alliances stratégiques ? Un véritable marché de têtes couronnées. Une bourse d’échanges et de valeurs. Pour l’émancipation féminine, valait-il donc mieux être bergère ?

 

 

Michel Boissard

 

Le Lit, le Pouvoir et la Mort, B. Bennassar, De Fallois, 2006, 22 euros.

Publié dans articles La Gazette

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