La littérature selon Pierre Bergounioux

Publié le par Michel Boissard

La littérature selon Pierre Bergounioux

 

A la question posée par Sartre il y a soixante ans : qu’est-ce que la littérature ? Pierre Bergounioux répond dans un essai rutilant de subtilité publié chez Fata Morgana. Qu’y a-t-il de commun entre Flaubert, Faulkner et Claude Simon ? Pour tous, la littérature est un absolu. Donc, une éthique. Et un moyen de connaissance « de ce qui n’est pas elle, de l’existence, du réel ». Ecrire est également un acte pour ainsi dire « en marge de la vie », du quotidien obsédant qui nous englue. Donc, une manière de dire Je. C’est le cas de Flaubert qui échappe au destin fangeux d’avoué auquel on l’a promis, pour tendre à l’épaisse bourgeoisie de son temps le décapant miroir de Madame Bovary. Et de William Faulkner « ivrogne et mélancolique au fin fond du Sud esclavagiste et vaincu » qui fera de ce dernier une métaphore du monde. Et de Claude Simon qui « a donné forme et sens » à une vie dont Shakespeare dit qu’elle est une histoire racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien. Embarqué dans l’Histoire, qu’il le veuille ou non, l’écrivain s’établit cependant sur une sorte de « dénivelé » social ou s’abrite dans un « retrait pensif ». C’est ce qui fonde la singularité de cet « homme fait de tous les hommes, et qui les vaut tous, et que vaut n’importe qui » (Sartre).

Michel Boissard

 

 

L’invention du présent, P. Bergounioux, Fata Morgana, 2006, 17 euros

Publié dans articles La Gazette

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