Figuier/Demain dès l’aube : la main à tour, la main à plume

Publié le par Michel Boissard

Figuier/Demain dès l’aube : la main à tour, la main à plume

 

 

            Il y a d’abord les éditions Grandir installées à Nîmes après avoir quitté Orange dominée par le national-poujadisme du F.N. Il y a ensuite deux poètes : Jean Joubert qui vit, travaille, crée en Languedoc-Roussillon, et Victor Hugo. Enfin il y a le sculpteur et graveur sur bois Elbio Mazet, exilé politique uruguayen implanté en terre d’Aude. Leur rencontre produit ces livres-objet à lire, à voir, à toucher, qui attestent du mariage réussi de la main à tour et de la main à plume.

            Figuier est un court poème de Jean Joubert, le romancier de l’Homme de sable (Renaudot 1975), des Sabots rouges et du Lézard grec, hymnes solaires au Sud profond. A grands et gros traits de plume encrée de vert, Elbio Mazet suggère l’amour d’un enfant pour le tronc noueux et rugueux d’un figuier. Il dessine son « feuillage de main, aux beaux bras lisses, à la voix de vent. » Comme l’enfant, avec le poète, il goûte au « sucre du baiser » que procure le fruit à ses lèvres avides. Assis sur la branche « la plus douce » il contemple le monde des hommes avec leurs maisons. Il se métamorphose en feuille, en figue, en oiseau « dans un nid d’ombre et de rêve. » Univers de silhouettes, jeux de clair-obscur, apparition d’ombres chinoises …

            Demain, dès l’aube … impeccable et célébrissime texte de Victor Hugo dédié à la douleur, où l’on distingue en filigrane le visage ineffaçable de Léopoldine, la fille du poète morte noyée, nourrit chez Elbio Mazet une émotion graphique qui coïncide avec « le blizzard personnel qu’est la perte d’un enfant. » Cette émotion transparaît dans des lavis dignes de la patte du Hugo dessinateur. Diagonales et cercles s’entrelacent. Le poète chemine « sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit. » Un souvenir tenaillant le guide à travers forêts et montagnes. Ses pas suivent obstinément les traces de l’absente. Qu’il fasse beau, qu’il fasse laid, n’importe « Le jour sera pour moi comme la nuit. » Noir c’est noir.

            Deux livres à lire pour se laisser porter par la musique des mots ; deux livres où le regard se matérialise : Et le Verbe se fit chair…

 

Michel Boissard
 

Figuier, Jean Joubert., Elbio Mazet, Editions Grandir, 2002, 23 euros.

Demain, dès l’aube …, Victor Hugo, Elbio Mazet, Editions Grandir. Bois originaux exposés jusqu’à la fin mai, rue des Trois ponts, 2 impasse des Soucis, 30 000 Nîmes. Contact : 04 66 84 01 19.

 

 

 

 

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