Un début prometteur : la vibration des mots

Publié le par Michel Boissard

Un début prometteur : la vibration des mots

 

Tout le bonheur du roman de Nicolas Rey tient dans la vibration des mots et l’agencement réussi de phrases courtes qui percutent le réel. L’expression douce et brutale, crue et tendre que l’écrivain donne à son récit, épouse les rythmes de la société d’aujourd’hui. C’est une petite musique qui ne vous lâche pas, une chanson triste diffusée par l’autoradio, « une rengaine qui évoque les amours disparues ». Pourtant, comme le dit Martin, le grand frère, à Henry, le narrateur : « … Les mots sont comme les gestes, de la supercherie. Il n’y a que le temps et la réalité qui importent. »

Le temps et la réalité traversés par des êtres dont les trajectoires sentimentales et érotiques s’entrecroisent. Le père « qui aime les femmes et les trains électriques ». La mère, « la femme faillite, l’adultère à not’ table ». Et leurs enfants : Martin en quête éperdue de Jeannne qu’il a quittée. Les seize ans d’Henry, coincés entre Hortense « la fille décidée » et le lit avec Mathilde « le professeur de littérature ». Chacun d’eux éprouve l’attraction du désir à la manière d’une joie et d’une souffrance. Comme dans les vers d’Aragon « On vit ensemble séparés/ Dans mes bras je te tiens absente ».

Un début prometteur est le roman de notre univers urbain. De Vernon à Paris, l’autoroute est striée de lumières rouges et blanches. Voici la ville de la foule solidaire et solitaire, entre distance et promiscuité, rencontres et fuites. Montant des pavés « on perçoit le pas du travailleur dès le matin. Un pas rapide et pas compliqué. » C’est une cité « aux rues vastes, réduites par le chagrin. Le chagrin sert à réduire les rues. » La vie, l’amour, la mort sont, chez les personnages de ce livre, semblables à cette ville à la fois homogène et brisée.

 

Michel Boissard.

 

Un début prometteur, Nicolas Rey, Au Diable Vauvert, 2003, 15 euros.

Publié dans articles La Gazette

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