La Nuit et le Brouillard

Publié le par Michel Boissard

La Nuit et le Brouillard

 

 

Peut-on écrire après Auschwitz ? A cette interrogation essentielle répond « l’œuvre lazaréenne » de Jean Cayrol (1910-2005). Bordelais d’origine, influencé par Mauriac et l’audois Delteil, Cayrol débute dans la poésie. Résistant du réseau Notre-Dame, il est déporté à Mauthausen en 1943. Il en reviendra. Comme Edouard, le héros de Madame de Duras, le malheur l’a rendu étranger. Ou comme Lazare, l’ami de Jésus, ressuscité d’entre les morts. Les romans écrits par Cayrol tout au long de son œuvre, entrent en résonance avec les deux mots nuit et brouillard qui dominent sa captivité. Et font le titre du film de Resnais, dont il compose le commentaire (1956). Les personnages y sont semblables à des convives de pierre. Ni intrigue, ni ressort dramatique dans le romanesque lazaréen. Mais la dépersonnalisation des êtres. « La foule distinguée dans le moindre visage ». Résurgences surréalistes : la mélodie d’un quatuor de Haydn entendue dans le block où se déroulent les « expériences » du Dr Mengelé. Le merveilleux d’un coucher de soleil surplombant les baraquements où des sous-hommes crèvent de faim ou de froid. Cette écriture d’apocalypse allie le refus et la miséricorde. C’est celle d’un « écrivain de salut public ».

 

 

 

Michel Boissard

Œuvre lazaréenne, J. Cayrol, Seuil, 2007, 30 euros

Publié dans articles La Gazette

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