Les diamants de la guillotine: farce et tragédie

Publié le par Michel Boissard

 Les diamants de la guillotine: farce et tragédie

 

 

En 1849, Dumas fils en fait un feuilleton. A la Libération, le cinéaste Marcel L’Herbier tourne un film sur le sujet, avec Viviane Romance. Prix Goncourt 1991 et gardois d’adoption, Pierre Combescot en tire un roman historique très enlevé, au style plein d’alacrité. Les diamants de la guillotine  c’est l’affaire du Collier de la Reine. Une intrigue politico-policière, aux rebondissements rocambolesques qui, peu avant la Révolution française, compromet l’Eglise, l’aristocratie et la Monarchie. Avec jubilation, l’auteur campe les personnages de cette farce qui a, parfois, des accents de tragédie. Fille de l’impératrice d’Autriche, Antonia, la future Marie-Antoinette, est sur le point d"épouser le pusillanime et lourdaud Dauphin de France, le futur Louis XVI. Ambassadeur à Vienne, le cardinal de Rohan est loin de penser qu’une lettre mal-venue le brouillera avec Antonia, et qu’à vouloir, plus tard, se réconcilier avec la Reine, il se perdra dans son esprit. Descendante par la main gauche du roi Henri II, Jeanne de Valois mange pour l’heure de la vache enragée, faute de pouvoir faire reconnaître son rang. Les joailliers Böhmer et Bassange inventent de faramineux bijoux pour la Du Barry, énième maîtresse de l’insatiable Louis XV. Soudain ce petit monde, qu’on dirait fait en porcelaine de Saxe, s’anime tel un  automate. Antonia épouse son Dauphin. Le jour des noces, Jeanne de Valois regarde, de loin, passer le cortège nuptial. Bientôt Louis XV s’éclipse. Devenue comtesse de la Motte, Jeanne de Valois n’a de cesse d’approcher la nouvelle souveraine. Pour y parvenir, elle circonvient le Grand Aumonier de France … le cardinal de Rohan. Qui, désireux de rentrer en grâce, se prête au jeu. Marie-Antoinette est folle de bijoux. Ceux de nos joailliers précisément. Mais elle n’a pas de quoi les payer. Sur l’insistance de Jeanne, le cardinal joue les entremetteurs, se porte garant, croit le temps de sa réhabilitation arrivé. Finalement, le Collier de la Reine, Marie-Antoinette ignore qu’elle l’a acheté, tombe dans l’escarcelle de Jeanne de Valois. Escroquerie et scandale. Un Prince de l’Eglise, une intrigante, la reine de France, quelques arsouilles et la mage Cagliostro, quelle distribution ! Ce roman appartient cependant à l’histoire. Le cynisme règne. Les appétits de pouvoir se déchaînent. C’est la fin de la douceur de vivre, dont a parlé » Talleyrand. Le peuple observe, chansonne, frémit. Il ne tardera pas à pousser des cris de colère. Le Collier de la Reine n’a jamais orné le cou de Marie-Antoinette. « Il a étranglé la monarchie. »

 

Michel Boissard

 

Les diamants de la guillotine, Pierre Combescot, Lafont,  2003, 20 euros.

 

Publié dans articles La Gazette

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