Huit jours avec Dieu

Publié le par Michel Boissard

Huit jours avec Dieu

 

Ils sont trois mousquetaires de l’esprit. Réunis sur une île de la Méditerranée. André, l’énarque ayant pantouflé dans le privé, député-maire de Saint-Chély-d’Apcher. Edgar (sans d), trotskiste multimillionnaire enseignant la psychiatrie à Harvard. François, professeur au Collège de France. Et (comme chez Dumas, il y en a quatre) le narrateur qui ressemble à l’académicien Jean d’Ormesson. De ce dernier, Normale Sup oblige, on attend un canular à consonance philosophique. On n’est pas déçu. Voici que s’invite, commensal inattendu à ce congrès, Dieu lui-même en la personne de Simon Laquedem (comme le Juif errant). Trente-trois ans (l’âge du Christ lors de la Passion), archiviste-paléographe, demeurant aux Buttes-Chaumont. Qui a été interpellé par le Tout-Puissant. Lequel le considérant comme la réincarnation d’Abraham, de Moïse et de Mahomet lui a fait ses confidences sur la Création du monde. Que le nouvel Elu consigne dans un manuscrit dont la lecture à quatre voix dure les huit jours du séjour insulaire de nos héros. D’où un prodigieux feu d’artifice dont les fusées s’appellent Platon, Spinoza, Leibniz, Kant, Hegel ; les fontaines lumineuses Saint-Augustin, Jean de la Croix et Thérèse d’Avila ; le bouquet final Dante, Proust et Sartre. D’où, surtout, la quintessence de l’art d’écrire d’un écrivain qui, entre ironie et pathétique, se lève et salue encore une fois une culture qui rime avec humilité et grandeur, justice et vérité, « et l’amour, bien entendu, qui tient ensemble tout ce qui existe ».

 

 

Michel Boissard

 

La Création du monde, J. d’Ormesson, Robert Laffont, 2006, 20 euros

 

Publié dans articles La Gazette

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