En lisant avec Marcel Proust

Publié le par Michel Boissard

En lisant avec Marcel Proust

 

Fata Morgana réédite « Journées de lecture ». La longue préface écrite par Marcel Proust en 1905 à « Sésame et les lys » de l’auteur anglais John Ruskin. On ne sait ce qu’il faut ici admirer le plus. La lenteur sinueuse des phrases charriant circonstancielles et incidentes. Les périodes rythmées par la récurrence de trois adjectifs. La pénétrante intelligence de l’analyse. Des pages au chatoiement de « soies adorables » dont parle Anna de Noailles. Ou le goût du paradoxe qui fait à Proust prendre le contrepied de Ruskin. Pour celui-ci, la lecture est un commerce avec les meilleurs esprits. Pour celui-là, le lecteur vaut davantage que le livre lu. Pour le premier, la lecture érudite du chercheur, celle, dilettante, du lettré, sont à bannir. Autant que la personne qui lie amitié avec autrui pour sa renommée mondaine plus que pour ses mérites. Il laisse au second prendre le parti des paresseux, des savants et des snobs. Car ceux-ci ne font que réjouir leur esprit sans le stimuler. Et Proust ne déroge à cette règle que pour les lectures de l’enfance. De ces dernières, on conserve moins la mémoire d’un récit captivant, que le souvenir des lieux et des jours où nous les avons faites. N’est-ce pas ce que l’on nomme le sortilège de la lecture ?

 

 

 

Michel Boissard

 

Journées de lecture, M. Proust, Fata Morgana, 2006, 14 euros

 

Publié dans articles La Gazette

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