René Char, l’hymne à l’amour

Publié le par Michel Boissard

René Char, l’hymne à l’amour

 

Il a vingt ans. La mâchoire carrée dans un visage arrondi. Son uniforme clair porte les armes du 38e R.A. de Nîmes. Comme, dix ans plus tôt, Guillaume Apollinaire. Nous sommes en 1927. Poincaré et Briand règnent. Le jeune René Char fait son service dans la cité des Antonins. Et se confie à la « Cigale uzégeoise ». Ses maîtres ? « Lautréamont, gaucho en Argentine. Rimbaud, riche armateur à Djibouti. Baudelaire, voué aux négresses tuberculeuses. » Sa vie future ? Une existence poétique plutôt qu’une vie de poète. Pour preuve,un premier recueil de vers «  Les Cloches sur le cœur ». Un quart de siècle plus tard, voici « Lettera amorosa » qu’on réédite aujourd’hui pour les cent ans du poète. C’est un envoi à l’amante retenue au loin. Yvonne Zervos, Marguerite Caetani ou Jeanne, qu’importe ! C’est l’Elue, l’Absente. « Tu es plaisir, avec chaque vague séparée de ses suivantes (…) Tu es plaisir, corail de spasmes. » Bien davantage que la femme aimée, Char célèbre la séparation d’avec l’objet de son désir. Ce qui entoure, enclot, enferme l’amour. Le paysage de la Provence, sous le mistral de l’hiver, lorsque « la terre feule ». L’heure est mélancolique mais douce et harmonieuse. « Après le vent c’était toujours plus beau, bien que la douleur de la nature continuât. » Malgré tout, il faut tenter de vivre. Même si « ce n’est pas simple de rester hissé sur la vague du courage quand on suit du regard quelque oiseau volant au déclin du jour. »

Michel Boissard

 

Lettera Amorosa, René Char, illustrations de Georges Braque et Jean Arp, Gallimard,  2007, 6 euros

Publié dans articles La Gazette

Commenter cet article