La guerre comme un roman

Publié le par Michel Boissard

La guerre comme un roman

 

Paraphrasant la formule de Clausewitz nous dirons que, pour l’écrivain catalan Javier Cercas, la littérature c’est la guerre transfigurée par le roman. Celle d’Espagne était le théâtre des « Soldats de Salamine » (2002). La guerre du Vietnam sert de contexte à cette histoire vécue par ses protagonistes « A la vitesse de la lumière ». Ici comme là, le narrateur est le jumeau du romancier. Ce qui permet à ce dernier de faire d’une pierre deux coups. Concevoir une fiction et se regarder en train de l’écrire. Cercas ou son double – un jeune auteur espagnol – fait en 1980 la connaissance de Rodney Falk, un ancien du Vietnam. Le récit qu’il tire de cette rencontre lui vaut gloire et déboires. Un immense succès de librairie. Des épreuves tragiques : sa femme et son fils disparaissent. Le fatum antique accompagne cette descente aux enfers. La vie réelle de l’écrivain finit par se diluer dans l’existence racontée de son héros. Au point que le premier épousera la femme du second quand ce dernier aura mis fin à ses jours … « En face d’un enfant qui meurt, La nausée ne fait pas le poids » disait naguère Sartre. J. Cercas démontre que, devant l’absurdité du monde, la littérature n’est qu’une illusion. Mais tellement utile pour continuer de vivre.

 

 

Michel Boissard

A la vitesse de la  lumière, J. Cercas, Actes Sud, 2006, 21 euros

 

Publié dans articles La Gazette

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